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Articles publies dans la revue Dragon Mag de 2013 et 2014

Programme pédagogique

Après avoir étudié pendant une dizaine d’années le karaté au Japon, je suis arrivé en France en 1971 pour travailler comme assistant du défunt Me. Kasé tout en poursuivant mes études de sociologie à la Sorbonne. J’avais 23 ans. Je m’entraînais entre 7 à 8 heures par jour.

En 1972, j’ai eu la chance de rencontrer Me. H. Kanazawa qui rendait visite à Me. Kasé chez qui j’étais logé. J’ai eu la chance de recevoir son enseignement. Il nous a montré sa synthèse du karaté et du tai-chi-chuan qui m’avait alors très surpris et profondément intrigué.

Une douzaine d’années plus tard, lorsqu’il vint diriger un stage de karaté à Paris, j’ai assisté à sa présentation finale du kata « Meikyô) ». J’ai été choqué car je n’ai pas eu l’impression de revoir le karatéka qui m’avait si profondément impressionné auparavant. Il m’apparut alors comme une tout autre personne. Après le stage, j’ai eu l’honneur d’être invité par Maître Kanazawa pour le dîner. Lors de notre conversation durant le repas, il m’a proposé de diriger son école SKI en France. C’était un honneur pour moi, mais j’ai refusé tout en le remerciant.

Lors de la conversation, certaines de ses paroles m’avaient profondément choqué.

Le mur de 45 ans

« Dans ma vie de karaté, mon apogée vint quand j’ai eu 45 ans. Depuis cet âge, je suis continuellement en chute et aujourd’hui, je suis rouillé et cassé de partout. »

Ce furent les paroles du maître de karaté Shotokan en qui je portais la plus grande estime pour ses techniques et sa personnalité. Dans le milieu du karaté, je n’avais jamais rencontré jusqu’à ce jour une personne avec d’aussi grandes qualités humaines. Malgré ses fortes compétences, sa modestie et sa compassion pour les autres étaient admirables. Je n’ai jamais changé cette  appréciation.

Ses paroles m’ont poussé à la réflexion sur la méthode et m’a mené à élaborer le concept du « mur de 45 ans » que j’ai développé dans l’une des séries de mes 5 livres sur la méthode.

Stimulé et poussé par les paroles choquantes qu’il avait prononcées, j’ai réfléchi en observant à nouveau les maîtres de karaté que je connaissais. Dans ma voie du karaté en Shotokan, j’ai connu sept maîtres exceptionnels qui m’ont apporté des points de repère et des objectifs. Ils étaient les références de ma pratique. Leurs images m’ont continuellement poussé pour avancer. J’écoutais attentivement jusqu’aux conversations des maîtres, surtout celles des réunions privées, et aussi celles qui se déroulaient dans les vestiaires lors des stages.

J’observais attentivement leurs qualités mais aussi leurs problèmes de santé qu’ils ne montraient jamais aux élèves, que ce soit dans la salle d’entraînement ou lors des stages. En réfléchissant avec le recul, ils ont sans exception heurté ce « mur de 45 ans » qui marquait le chemin déclinant que des élèves admiratifs envers leur maître ne percevaient pas. Sur ces sept maîtres, cinq sont décédés à un âge où ils auraient dû être encore bien actifs. Je trouve cela tellement dommage et je ressens beaucoup de tristesse.

Le « mur de 45 ans » ne se dresse pas tout d’un coup à l’âge de 45 ans. Il commence à se former dès le début de la pratique d’une discipline.

Il y a 40 ans, j’ai eu un élève qui enseignait le karaté dans un dojo de province. Il avait de nombreux élèves parmi lesquels le plus jeune était âgé de 3 ans et demi et qui était vraiment passionné par le karaté. Lors du gala annuel de la région, il emportait toujours un prix de mérite. Il était doué. Lorsqu’il faisait la démonstration d’un kata lors du gala, tous les spectateurs l’applaudissaient avec joie. Le petit garçon était fier.

En effet, les démonstrations de jeunes enfants lors d’un gala de karaté sont spectaculaires et très plaisantes pour des spectateurs enthousiasmés s’exclamant parfois de paroles encourageantes telles que :« c’est un enfant prodigieux ! » Ils ont l’air de penser que le karaté est un sport éducatif. Mais est-ce bien vrai ?

Deux ans plus tard, après l’un des stages que je dirigeais dans le club du professeur de ce jeune garçon, sa mère est venue me voir avec un air inquiet. Elle m’a avoué : « je suis inquiète pour mon fils car lorsqu’il déplie son bras, son coude fait un bruit inquiétant. Pourtant il n’a que cinq ans.» En effet, à chaque extension de bras pour donner un coup de poing, son coude émettait un bruit de craquement. Je n’ai pu que lui conseiller d’aller voir un médecin pour son petit. Un an plus tard, j’ai entendu son professeur  dire que ce jeune élève avait abandonné le karaté…

Selon moi, le « mur de 45 ans » ne se dresse pas d’un seul coup tel un champignon. L’exemple de ce petit garçon démontre que ce mur commence à se former très tôt. Lorsque j’étais étudiant au Japon, j’ai souffert moi-même de maux aux coudes durant quelques années. J’ai eu des fractures sur les deux avant-bras ainsi qu’au tibia. J’ai subi plusieurs autres problèmes, ce qui me fait comprendre les plaintes émises parfois par certains élèves.

Je dirais que les racines du « mur de 45 ans » sont inhérentes à la méthode et au système du karaté contemporain dont la pratique technique contribue à la concrétisation de ce mur, formé par la détérioration articulaire. Puisque j’ai analysé également ce problème dans l’un de mes livres, avançons notre réflexion pour le moment, sans nous attarder.

La plupart de mes prédécesseurs sont malheureusement décédés à un âge où ils pouvaient encore être actifs pour affiner leur art, ce qui m’apporte un sentiment de désolation. Les paroles de Me. Kanazawa ont accentué ma tristesse en me rappelant ces défunts maîtres. Ils étaient d’autant plus brillants que leur souvenir me remplit de sentiments de désolation et de tristesse.

Comment dépasser le mur de 45 ans ?

Il nous faut tenter de dépasser ce « mur de 45 ans », surtout en arts martiaux traditionnels dont la pratique est censée se confondre avec la durée de la vie. Jusque dans les années 1950, la longévité d’une vie au Japon se situait autour de la cinquantaine, alors que de nos jours, celle-ci peut atteindre les 85 ans. Les centenaires ne sont plus rares à notre époque. Si nous pratiquons et continuons à considérer le modèle technique du karaté mis au point dans les années 1930 à 1940 comme des codes divins, il y a forcément un décalage entre la réalité et l’idéal recherché.

Pour que nous pratiquions aujourd’hui de manière positive, il ne s’agit pas de s’exercer en durcissant notre état d’esprit, ni de reproduire les modèles du passé, mais de réfléchir sur une méthode de pratique avec le concours de connaissances rationnelles.

L’objectif et la méthode que je propose

En ce qui concerne ma méthode de pratique, celle-ci comporte  les trois axes suivants :

  1.  la recherche et le renforcement de la santé par l’exercice du kikô ou qi-gong.
  2.  l’exercice corporel qui procure le bien-être par la pratique du tai-chi-chuan.
  3.  obtenir l’efficacité en art martial. Pour ce faire, nous mettons l’accent sur les exercices du ritsu-zen 立禅,  autrement dit du zhàn-zhuang  站椿 .

Pour mieux comprendre l’importance du ritsu-zen ou du zhàn-zhuang, je vous invite à lire dans notre site mon compte rendu du stage 2017 à Lausanne.

Dans la réalité de la pratique, l’ordre de ce schéma pourrait être renversé, c’est-à-dire :

  1. pratiquer les arts martiaux en cherchant à réaliser sa plus grande efficacité,
  2. avec plaisir,
  3. vous pourrez acquérir et renforcer votre santé.

Autrement dit, les efforts donnés pour rechercher l’efficacité en art martial comporteront du plaisir pour finir par consolider notre santé. Dans ce cas, tout en poursuivant une pratique plaisante, nous obtenons l’efficacité tout en renforçant notre santé.

J’ai nommé la pratique de ma méthode par le terme «  Jisei-dô ». Jisei  ou 自成 signifie « pratiquer une discipline soi-même afin de se former soi-même » et dô ou signifie l’itinéraire ou la voie de la vie, car le Jisei-dô se pratique tout au long de la vie.

Il ne s’agit pas simplement de parler ou d’observer pour comprendre de manière intellectuelle l’idée et la façon de pratiquer, mais avant tout de pratiquer soi-même (ji-sei) comme chacun dirige l’itinéraire de sa propre vie (dô).

Pour la réalisation de cet objectif, je conçois la synthèse des trois disciplines suivantes :

  1. Le Kikô (Qi-gong en Chinois) pour la santé.
  2. Le tai-chi-chuan pour le plaisir d’activer le corps.
  3. L’approfondissement d’une discipline des arts martiaux que chacun choisit pour développer l’efficacité. En ce qui me concerne, j’ai choisi un art martial de percussion (chuan), étant donné que ma formation de base était le karaté.

Le concept du Jisei-dô自成 s’appliquerait plutôt à n’importe quel art au sens large du terme : ce peut être l’art de la musique, de la danse, de la peinture, de la sculpture, du théâtre….

J’ai connu des artistes qui pratiquaient leur art en le confondant avec leur propre vie.). Ils produisent leur art comme ils créent leur mode de vie. Je me suis dit qu’ils pratiquaient leur Jisei-dô. Dans ce sens, le Jisei-dô n’est pas une discipline institutionnalisée, et en en parlant d’une manière plus rigoureuse, il n’est même pas une école, mais un mode de vie. Je pratique donc Tokitsu-ryû Jisei-dô.  Le mode de pratique du Jisei-dô n’est pas unique.

 La pratique du  Tokitsu-ryû Jisei-dô

            1– La pratique des arts martiaux nécessite le dynamisme corporel, découlant en premier lieu sur la pratique et  la recherche de la santé physique qui est pour nous le kikô ( appellation japonaise du terme Chinois qi-gong, tout comme le taï-chi-chuan s’appelle taï-kyoku-ken en Japonais). Nous appliquons dans ce domaine le Yayama kikô (qi-gong mis au point par le Dr. Yayama). Cette méthode est basée en particulier sur la mobilisation de la colonne vertébrale et le renforcement des muscles profonds liés à la mobilité de la colonne vertébrale.

La mobilité de la colonne vertébrale est liée à l’activation des sièges de l’énergie vitale, appelés chakras en yoga. Ces sièges produisent chacun une forme particulière de vibration. Dans le domaine de la médecine de vibration dont le Dr. Yayama est un praticien, plus d’une quarantaine de  chakras (sièges de l’énergie vitale) sont repérés. En incluant la recherche de l’activation des chakras, notre exercice débordera de la simple gymnastique  corporelle car il va naturellement comporter une forme de méditation. En effet la pratique du kikô (qi-gong) nécessite un travail de « nèi-shi » : 内視 qui signifie « regarder l’intérieur du corps ». C’est une sorte de méditation.

            2– Nous pratiquons le tai-chi-chuan pour mettre en oeuvre les acquis de la pratique du kikô (qi-gong) afin de nous procurer le plaisir d’activer notre corps et notre bien-être, tout en nous exerçant aux gestes techniques variés du tai-chi-chuan. Nous appelons parfois le tai-chi-chuan : le kikô (qi-gong) dynamique.

Mais c’est trop simplement dit.

Il ne suffit pas de s’exercer simplement aux séquences du « taï-chi-chuan ». Si nous nous exerçons au  taï-chi-chuan en aiguisant notre « regard interne», nous pouvons découvrir que dans notre corps,  il existe plusieurs zones de muscles que notre intention ne parvient pas à activer. En quelque sorte, ces zones restent endormies. Pour augmenter nos capacités dynamiques, il faut les réveiller, mais aussi, pour développer les énergies vitales, l’activation des muscles internes et profonds doivent contribuer à stimuler et activer les organes vitaux et les viscères. Il faut nous exercer de sorte que le système nerveux active les muscles concernant ces fonctions.

            3– Sur la base de ces deux types de pratique précédents, nous nous exerçons à l’art du combat.

         La pratique positive de l’art du combat

Quel que soit la discipline, du moment qu’il existe des cadres réglementés, la pratique sportive du combat est une simulation. Pour qu’un pilote d’avion puisse prendre les commandes « réellement », combien d’heures d’exercices de simulation de vol aurait-il dû effectuer auparavant?

Pour nous qui vivons dans une société en paix (en principe), il serait préférable que l’exercice comporte les deux formes de qualités précédemment indiquées : la pratique du combat comporte une forme d’amusement, mais même en pratiquant le combat avec sérieux, c’est aussi l’exercice pour la santé, la sensation de bien-être et l’efficacité.

La méthode Hida : comment renforcer le corps et l´esprit

La méthode de Hida : comment renforcer le corps et l´esprit

 Aujourd’hui, la méthode des arts martiaux trouve en grande partie sa signification dans l’équilibre qu’elle apporte à notre vie. De ce point de vue, j’ai constaté un déséquilibre dans le travail des arts martiaux qui nécessite sans cesse le recours à d’autres méthodes spirituelles ou énergétiques pour compenser certaines défaillances ou déséquilibres. En ressentant les manques de la méthode du karaté, j’ai entrepris une recherche qui m’a mené à l’étude de différentes écoles qui, au Japon et en Chine, pratiquent un travail énergétique et parmi elles la méthode Hida.

 Qui était Harumitsu Hida ?

Harumitsu Hida
Harumitsu Hida

Harumitsu Hida était de santé très fragile. Adolescent, il décida d’améliorer son état de santé et commença à étudier seul, l’anatomie, la physiologie, en même temps que les différentes méthodes traditionnelles de renforcement physique orientales et occidentales. Il aboutit à prendre conscience du rôle essentiel du tanden, clef de voûte des arts martiaux orientaux et en approfondit la connaissance. Par ses longues recherches solitaires, et par un travail d’introspection dirigé principalement sur son corps, il finit par établir sa propre méthode qu’il nomma « Sei-chûshin-dô » (la voie du centre véritable). Grâce à cette méthode, il acquit des capacités physiques et mentales exceptionnelles et réalisa, à plusieurs reprises, des exploits surprenants.

Je pense que votre intérêt pour H. Hida et pour sa démarche augmentera si vous savez à quelle sorte de capacités il était parvenu, bien qu’à première vue leur véracité suscite quelques doutes. Cependant, il existe de nombreux témoignages concordants sur ces points. Citons quelques phrases que je traduis de son ouvrage « Sei-chüshin-dô », Hidashiki kyôkenjutsu, Ed. Sôjinsha, Saïtama 1980 :

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« Le 18 Juin 1922 (il était âgé de 39 ans), dans la nuit, je suis monté dans mon dôjô qui est une petite cabane de 4 m² solidement bâtie sur les grosses branches d’un arbre énorme… J’ai fait l’exercice des muscles grand oblique, qui est le quatrième de mes exercices de base. C’est celui des exercices de base auquel j’attache la plus grande importance.

Je me suis mis en position debout, les pieds largement écartés, en cambrant le bassin, j’ai levé les mains par les côtés jusqu’au-dessus la tête, tout en inspirant. A ce moment les genoux sont bien tendus et il faut sentir le poids du corps descendre jusqu’aux orteils.

J’ai croisé les mains au-dessus de la tête et abaissé les bras tendus en expirant. En même temps, j’ai rentré la poitrine, creusé le plexus solaire, poussé le bassin en arrière et donné une forme ronde à la partie basse du ventre. En même temps, j’ai fléchi les genoux et j’ai abaissé le centre de gravité en ramenant le poids du corps sur les talons.

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J’étais absorbé dans la répétition de cet exercice, ignorant ce qui était en face de moi.

 

J’ai ressenti tout d’un coup une grande puissance, effrayante, qui a jailli à partir du centre de mon corps, situé entre le bassin et le ventre, comme si j’avais entendu un son puissant.

 

J’ai eu l’impression que cette force traversait le parquet, pénétrait dans la terre, atteignait le centre de la terre, puis partait vers l’infini de l’univers. Je me suis dit :

« Oh ! C’est une force infinie ! »

 J’ai été convaincu qu’il s’agissait de l’énergie infinie, celle de l’univers, la source même de la vie. J’ai été rempli d’une immense joie, une joie consistante et tranquille à la fois, comme une montagne dans le calme profond du cosmos…

Rempli de joie, j’ai effectué l’exercice des muscles obliques en utilisant du kiaï. Lorsque j’ai posé puissamment mon pied droit sur le sol avec un kiai, j’ai entendu un bruit sourd.

  Qu’est ce qui était arrivé ? J’ai vu un trou de la forme de mon pied dans une solide planche de 2,5 cm d’épaisseur. Une seconde fois, puis. une troisième fois, j’ai effectué le même exercice. A chaque essai, mon pied a traversé la planche qui n’offrait aucune résistance. Au quatrième essai, en traversant la planche, mon pied a rompu le bois de support de 12 cm d’épaisseur en marquant nettement la forme du talon. Aujourd’hui je conserve dans mon dôjô la planche et le bois du support cassé pour commémorer cette expérience.

 Qu’est ce que cela veut dire ? Par la suite j’ai examiné avec soin la position et le mouvement de mon corps lorsqu’une si grande énergie l’a traversé. J’ai attentivement cherché pour quelle raison une telle force avait jailli.

J’ai compris. C’est du centre, brûlant comme un fer rouge, qu’émane une sincérité pure. J’avais traversé et étais allé au-delà des exercices basiques du kata, c’est-à-dire que j’avais formé deux forces équivalentes dans le ventre et dans l’arrière de bassin, ce qui nécessite une forme cambrée du bassin, les fesses sont bien poussées en arrière, le bas du ventre est poussé vers le bas, le plexus solaire n’est plus creusé et le centre de gravité était dirigé au-dessus du centre de chaque pied. C’est cela la forme juste.

 Après avoir traversé bien des difficultés, j’étais parvenu à une victoire finale. Il n’y a que ce principe qui puisse renforcer le corps et l’esprit à ce degré. Que cette sensation est agréable et pure. Comment pourrais-je communiquer aux autres cette expérience ? ».

 La méthode de transformation

hida-7En poursuivant l’élaboration de sa méthode, H. Hida tente ensuite de diminuer le temps requis pour les exercices quotidiens car il pense qu’il ne s’agit pas de s’exercer durant plusieurs heures chaque jour, mais de s’exercer le plus brièvement possible pour déclencher une marche juste du corps pour toute la journée. Il pense que dix minutes par jour d’exercice quotidien doivent suffire pour appliquer la méthode. Il écrit ensuite :

« Au fur et à mesure que j’avançais dans ma recherche j’ai commencé à raccourcir le temps. En commençant à dix minutes, je suis arrivé à cinq minutes, à deux minutes et demie. Finalement, aujourd’hui je n’ai besoin que de 40 secondes pour effectuer

les vingt gestes de mon exercice afin de faire jaillir une grande énergie du centre du corps. Pourtant je n’aurais jamais imaginé qu’une telle chose soit possible… ». hida-2

Dans sa démarche H. Hida adopte une attitude scientifique mais, depuis la nuit du 18 Juin 1922, il semble avoir acquis des capacités inexplicables. Il effectue, devant de nombreuses personnes, différentes expériences surprenantes, en disant : « Ce sont des choses dérisoires, , tout à fait logiques. ».

 

A suivre…

Kenji Tokitsu

Compte-rendu du Stage de La Réunion

Compte-rendu du Stage de La Réunion (22 octobre-06 novembre 2016)

Du 22 octobre au 6 novembre dernier, Senseï Tokitsu s’est rendu à La Réunion, à la rencontre de ses élèves de l’Océan Indien.

Organisé par Jean-Marc Hoareau, Patrick et Anne Mazaka, ce stage s’est déroulé dans 4 salles différentes entre St Denis et l’Entre-Deux.

Tenant compte de la demande des enseignants, l’approche de Senseï a été diverse selon les groupes concernés.

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Approche énergétique (Qi Gong) ou approche martiale (Boxe de l’énergie), Tai Chi Chuan de niveau débutant ou de niveau avancé, ont attiré, avec la participation active de Fernand Soubadou, Vincent Boyer et Émile Viracaoundin, plus de 130 personnes.

Au total plus de 45 heures de formation dispensée.

Ce déplacement a permis également de renforcer les liens établis avec la Ligue Réunionnaise de Karaté (affiliée à la Fédération Française de Karaté et Disciplines Associées) en la personne de son président nouvellement réélu, Alex Caro. Notre école, présente dans l’île depuis 1986, voit ses efforts couronnés par l’entrée de son Président, Jean-Marc HOUAREAU, au comité directeur de la Ligue.

Les contacts de Senseï avec le Président, et la reconnaissance de l’efficacité de sa méthode, ont également ouvert une nouvelle voie.

Patrick Mazaka est nommé entraîneur complémentaire des combattants de la Ligue de Karaté. Compte tenu du palmarès des Réunionnais au niveau national et international, la cible définie est la participation active aux jeux olympiques de Tokyo en 2020. Pour la première fois, le Karaté a été retenu comme discipline olympique.30-oct-2016-la-reunion

Je gage que les 4 titres de Champion du Monde WUKO de pascal Vigneron obtenus en décembre dernier ne sont pas étrangers à cette évolution.

Claude Thazard

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Le siège de la vie est dans le tronc

 

Le siège de la vie est dans le tronc

 

Né au Japon deux ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, j’ai eu maintes fois l’occasion de voir des personnes amputées à cause de la guerre lors de mon enfance, ce qui m’avait beaucoup marqué. J’ai encore de vifs souvenirs provoquant un effet d’horreur pour mon esprit enfantin à la vue d’une personne amputée des quatre membres pouvant néanmoins faire des mouvements étonnants.

Je ne souhaite un tel malheur à personne. « Quelle chance de pouvoir garder un corps intact ! » Ayant pris un certain recul, nous pouvons dire que, malgré des conditions horribles, les personnes amputées de leurs membres parviennent tout de même à survivre alors que personne ne le peut sans garder le tronc, car le tronc est la vie-même. L’activation du tronc est essentielle pour les exercices énergétiques.

Heureux sont ceux qui peuvent vivre avec un corps intact. Si nous pouvions faire un tant soit peu des efforts comparables à ceux à qui il manque un membre, nous pourrions faire d’importants progrès dans notre pratique.

Portons alors le regard sur notre tronc. De quelle manière s’active-t-il ? Comment savons-nous l’activer ? Pouvons-nous ressentir distinctement les différentes zones dorsales et ventrales ainsi que les différentes parties de la colonne vertébrale ?

L’activation des chakras constitue-elle un secret ?

La majorité des personnes normales n’ont pas l’habitude de bouger le tronc de manière indépendante. Sa mobilité est conçue comme étant secondaire, pour ne pas dire comme étant la simple continuité des mouvements de nos membres. Ces personnes n’ont pas l’habitude de faire des gestes du tronc indistinctement de ceux des membres. Certaines semblent même vivre comme si leur tronc était immobile ou peu mobile. En tout cas, nous pensons pouvoir vivre sans avoir le besoin particulier de recourir à la mobilité indépendante du tronc. La vie pourrait se dérouler sans avoir besoin d’y attacher de l’importance.

Faudrait-il dire qu’avoir un corps normal signifierait de ne pas avoir besoin de chercher à activer le tronc, comme une personne en bonne santé qui ne se préoccupe guère de sa santé ?

Nous sommes tous peu habitués à créer des mouvements complexes avec le tronc, ce qui se constate tous les jours dans le cadre technique des différentes activités corporelles. En effet, il n’y a que peu d’articulations visibles dans le tronc à part celles des épaules, des omoplates et des hanches… Si je caricaturais, je pourrais dire que beaucoup de personnes sont habituées à vivre leur corps comme celui de Pinocchio.

Voici mon impression personnelle.

Parfois, nous avons l’occasion de regarder certaines marches militaires. Les soldats marchent aux pas cadencés suivant le rythme de la musique militaire en levant les jambes et en remuant les bras. Certaines personnes trouveront ces scènes belles et rassurantes, puisque ces marches représentent un certain ordre, une force, un système sous-jacent de la société. Personnellement, je ne partage pas une telle appréciation. J’ai l’impression d’observer des marionnettes. Mon image de guerrier est très différente, mais c’est mon opinion personnelle.

Je suis parfois tenté de comparer cette démarche militaire ordonnée avec celle de la danse classique où les danseurs expriment aussi la beauté de leurs gestes à travers les mouvements de leur corps. Je suis sensible à l’élégance du corps et de ses mouvements. Mais depuis que j’étudie et élabore la danse martiale (jiàn-wu), je ne peux m’empêcher de porter un regard différent sur la mobilité du tronc. Car l’essentiel de la danse martiale se réalise à partir de l’activation du tronc, bien que celle-ci soit peu visible.

La danse martiale -jiàn-wu

A propos de la danse martiale (jiàn-wu), j’ai étudié attentivement le texte de Wang Xhiangzhai (1886-1963) dans «O Kôsai den » (Transmission de Wang Xhiangzhai), traduction T. Ishikawa, co-rédaction de Sun Li et de Sài Shiming, ed. Bêsu-bôl magazine, Tokyo 1996.

En voici quelques extraits :

« …. Les expressions techniques telles que : « les vagues dansent », « un dragon s’amuse », « une grue blanche », « le serpent surpris » désignent chacune une forme technique de la boxe. La danse du poing (la boxe) s’appelle aussi jiàn-wu (litt. danse de santé ou de renforcement) ou wu-wu (litt. danse martiale). Cette forme de danse était très populaire en Chine à l’époque de Sui (581-618) et de Tang (618-907). Elle était pratiquée comme une méthode de bien-être et de la santé, et en même temps comme une méthode de combat. Non seulement des adeptes en arts martiaux, mais aussi des hommes de lettre et des savants la pratiquaient. Après cette époque, la tradition de cette danse a été perdue ».

« Récemment, Me Huang Mùqiao, chercheur en art martial, a reconstitué plusieurs formes de jiàn-wu sur la base de ses longues années de pratique, en étudiant les peintures murales des vestiges de Dui Huang et aussi celles de danseurs dessinées sur des poteries ».

« Durant la période de la Guerre du Nord (vers les années 1925), j’ai voyagé dans le Sud de la Chine, j’ai eu la chance de rencontrer Me. Huang Mùqiao à Huan Nan. J’ai pu recevoir son enseignement du jiàn-wu et apprendre la ligne essentielle de cette forme de danse, mais je n’ai pas pu comprendre les subtilités cachées. J’ai enseigné cette danse à quelques-uns de mes élèves, mais une dizaine seulement était capable d’en apprendre les subtilités ».

 « La condition indispensable d’apprentissage de danse de la boxe est la maîtrise du « quatre comme ». C’est-à-dire : «le corps est comme une fonte, comme si le corps était rempli de plomb, comme si tous les muscles ne formaient qu’un seul bloc, comme si les cheveux se dressent comme des fils. »

 «Sans remplir ces conditions, votre danse ne représentera que les mouvements superficiels des membres, vous ne pourrez jamais bien danser. J’avais dit par ailleurs « la puissance (jin) réside dans le corps et la force (li) sort à l’extérieur du corps ». Lorsque vous atteignez le niveau de réalisation des « quatre comme » par l’exercice du zhànzhuang, cela signifiera que vous aurez obtenu la puissance interne (nèijin) ».

« L’exercice de « quatre formes » est le plus propice pour obtenir l’efficacité en combat en apprenant comment faire exploser la puissance interne (nèijin) en force externe… »

D’après ces textes, nous pouvons comprendre que la danse qu’on appelait jiàn-wu ou wu-wu était une pratique corporelle qui comportait un champ culturel plus vaste que celui que nous concevons aujourd’hui pour la danse. La transmission de cette danse aurait été interrompue au cours de l’histoire et reconstruite au cours du 20ème siècle.

Même si cette pratique avait été interrompue au cours de l’histoire, nous pouvons imaginer que dans la tradition, une partie essentielle de cette pratique aurait imprégné différentes pratiques corporelles chinoises. Je pense que cette tradition est présente implicitement dans les différents courants d’arts martiaux chinois.

Le secret

Les danseurs classiques de nos jours sont tous très souples au niveau de leurs membres et l’élégance de leurs gestes est incontestable. Cependant, je ne suis guère satisfait de constater le peu d’activation de leur tronc dans leurs mouvements, car le tronc me semble effectivement peu mobile. Est-ce mon préjugé ?

Chacune des zones énergétiques chakras se situe près de la ligne centrale du tronc, et les flancs peuvent s’activer comme des accordéons. Mais beaucoup de personne ignorent que ces zones peuvent produire des mouvements subtils et complexes et produire ainsi une grande force dynamique.

Dans la pratique du kikô (qi-gong) et de l’art martial, l’activation du tronc est un point nodal dans l’efficacité pour le bien-être et pour le dynamisme. Ce n’est pas facile à mettre en œuvre, en effet, car peu de personnes paraissent en avoir conscience. En effet, ces qualités sont immergées dans nos habitudes corporelles et sont par là même dissimulées.

Un savoir pourrait être dissimulé spontanément par notre ignorance ou par notre manque de perspicacité, mais pourrait l’être aussi de manière intentionnelle par ceux qui veulent le détenir et le garder par ruse. C’est par le maintien d’un état de dissimulation que naît un secret.

Voyons cela de près.

L’existence du tronc est évident pour tous. Dès lors que l’on conçoit cette évidence, cette conscience s’enfouit dans une banalité qui constituera l’abri le plus propice pour garder un secret. Rappelons cette phrase :

« Le secret est comme les cils, ils sont si proches des yeux qu’on ne les voit pas… »

Aussi longtemps qu’on ne peut faire émerger une évidence, celle-ci restant dans l’ignorance constituera le secret. Ce secret est pour les arts martiaux d’autant plus importants qu’il recèle des points essentiels pour produire la force et la vitesse mais aussi pour créer un mode particulier de la perception.

Voir chronique précédente : premières capacités corporelles et les secondes capacités corporelles.

Par exemple, la vitesse, la force et la subtilité d’iaï (l’art de dégainer le sabre) se réalisent avec l’activation de tout le corps, notamment celle de certaines zones du tronc comprenant les hanches. Sans savoir comment les activer, il serait impossible d’exceller dans cet art. La vitesse du geste ne se produit pas par l’agitation de la main, mais par l’ensemble du corps basé sur la ligne centrale du tronc.

Les différentes écoles d’arts martiaux transmettent la subtilité d’activation du corps, notamment celle du tronc, ce qui constitue un secret de l’enseignement. L’efficacité serait obtenue par des exercices qui mettent en œuvre ce secret. Aussi longtemps qu’on ne les met pas en pratique, les exercices ne peuvent pas être fructueux.

Comme nous allons le voir plus loin, ce qu’on appelle le secret en pratique corporelle reviendrait à laisser des savoirs essentiels dans l’ignorance tout en détournant le regard. Le secret existe… Je vous invite à relire la chronique précédente.

Mais un secret est comme une carte pour chercher le trésor caché au sommet d’une montagne.

Même si vous avez pu faire l’acquisition de la carte, il vous faut parvenir avec vos propres jambes au sommet de la montagne où se cache le trésor. L’ayant trouvé avec de la chance, il faut encore pouvoir le porter jusqu’à chez vous, sinon aucun trésor, quel qu’il soit ne peut vous être utile.

La méthode équivaut à la carte et l’entraînement correspond à la mise en œuvre de la méthode, c’est-à-dire à tous les efforts nécessaires pour amener le trésor jusqu’à votre maison pour pouvoir en bénéficier.

Autrement, la possession de la carte ne vous servira à rien. Cependant, sans la carte (méthode), vous ne pourriez jamais atteindre le trésor. La méthode est donc essentielle, mais elle seule n’est pas suffisante.

L’activation des chakras

Dans la pratique du kikô de la Méthode Yayama, le concept de chakras en yoga est appliqué en rapport avec la médecine Chinoise. Le chakra y est défini comme étant une zone où siège l’énergie vitale et dynamique. J’applique l’aspect dynamique de ce concept dans ma méthode.

Si vous activez la partie ventrale du corps, la partie dorsale correspondante sera entraînée de manière complémentaire. Le devant et le derrière du tronc bougent de façon simultanée. Ce dynamisme correspond à celui des parties yin et yang du corps, ce qui touche l’essentiel du tai-chi-chuan. Car la technique du tai-chi-chuan ne peut être formée que par les actions dynamiques des parties yin et yang du corps. Autrement, il n’y a pas de sens de l’appeler tai-chi-chuan, puisque tai-chi signifie l’intégration dynamique du yin et yang. Donc il n’y a pas de tai-chi-chuan sans mobilisation des parties yin et yang du corps.

Si vous mobilisez les chakras suivant le principe du tai-chi, ils vont s’activer comme si chacune de ces zones formait une charnière.

Ces zones sont les suivantes pour la face avant:

  •  sous la gorge
  •  sternum
  •  plexus solaire
  •  nombril
  •  bas de ventre

Notons que pour chaque zone, il faut inclure les parties dorsales correspondantes. Les parties dorsale et ventrale sont inséparablement liées.

Dans la pratique, vous pouvez concevoir votre tronc comme s’il contenait cinq boules d’énergie dont les extrémités dépassent de l’avant et de l’arrière du tronc. Vous pouvez activer ces boules suivant la méthode. Nous avons vu que ces cinq zones s’activeront comme des charnières. C’est pourquoi dans la pratique de notre méthode, nous les indiquons tantôt chakras, tantôt charnières.

Le secret se forme quand on pense avoir compris

Quelle que soit la discipline en arts martiaux, l’activation de ces zones est primordiale puisqu’elle constitue la source pour augmenter des capacités dynamiques au-delà du niveau ordinaire. C’est pourquoi la méthode de leur activation est souvent dissimulée dans la transmission. Il faut savoir que dans la transmission des arts corporels, il y a la partie visible et la partie invisible.

L’un des exemples le plus flagrant serait l’exercice de zhan-zhuang (ritsu-zen). Il s’agit d’un exercice immobile (en apparence) pour obtenir différents résultats. Ce sont, par exemple, la force d’intégration globale du corps, la formation de la sensation du qi (ki), une profonde sensation de relâchement du corps et de bien-être, l’amélioration de la santé…

L’aspect visible de cet exercice semble être une simple posture tandis que l’effet recherché est variable suivant la manière et le niveau de votre compréhension. Vous interpréterez donc le but de cet exercice comme vous le comprendrez. C’est le commencement du secret. Je m’explique à l’aide d’une image.

Vous avez devant vous un objet précieux. J’imagine deux cas lorsque vous êtes face à cet objet.

 Le premier cas :

Vous pouvez le garder précieusement comme un trésor dont la valeur est incontestable. Vous pourriez le transmettre dans votre famille de génération en génération.

 Le deuxième cas :

Vous n’êtes pas satisfait de le conserver tout simplement comme un objet précieux. Vous voulez chercher sa composition afin de pouvoir le reproduire vous-même.

Au bout de plusieurs années de recherche laborieuse, vous avez trouvé la matière composante de cet objet. Vous vous dites alors : « ça y est, j’ai trouvé la composition de cet objet. » Ayant investi beaucoup d’énergie et de temps, vous pensez « J’ai enfin compris le secret de cette matière précieuse».

Vous pensez être le détenteur de ce secret.

Mais en réalité, cet objet est formé par une dizaine de matières superposées sous une apparence homogène. Vous aviez seulement trouvé la première couche de cet objet…

Aussi longtemps que vous aurez en tête que cet objet est fait d’une matière unique, celle que vous avez trouvée, vous serez convaincu de connaître la composition de cet objet. Vous ne pourrez pas songer qu’il pourrait encore exister neuf autres éléments le composant…

Cette situation imagée illustre la complexité de la recherche dont le chemin est parsemé de pièges.

Bien des personnes pensent que la technique du corps doit seulement être apprise et bouger les membres de façon systématique. Or, comme nous l’avons déjà vu dans le N° 8 de la chronique, une technique digne de son nom comporte des subtilités difficiles à réaliser pouvant constituer un secret dans l’enseignement et la transmission. Le secret est ce qui doit être tenu caché. S’il est dissimulé, cela pourrait être tantôt intentionnel grâce à la ruse, tantôt par notre ignorance.

A suivre….