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Tai-chi-chuan : Origines et puissance d’un art martial

Tai-chi-chuan : Origines et Puissance d'un Art Martial
Tai-chi-chuan : Origines et Puissance d’un Art Martial

Comprendre le Taichi chuan dans son histoire

Le bien-être et le combat. Leur convergence

Le taichi chuan est connu aujourd’hui dans le monde entier comme étant un exercice énergétique ou une gymnastique de santé ou de bien-être associé à une philosophie du yin et du yang. La pratique du taichi est, certes, efficace sur le plan du maintien et de l’amélioration de la santé pour des personnes peu sportives, mais elle peut aussi donner une autre dimension à la pratique corporelle de ceux qui sont dynamiques et sportifs.

Originellement, le taichi chuan est un art martial. Le terme chuan, habituellement traduit par «boxe », en témoigne. S’il est devenu si populaire, c’est parce qu’il a pu, parmi les nombreuses disciplines d’arts martiaux chinois, acquérir sa notoriété par son efficacité en combat à partir de la fin du 19ème siècle.
Mais le taichi chuan que nous connaissons aujourd’hui, surtout celui de Yang, ne nous permet que difficilement de concevoir comment un adepte du taichi chuan peut être efficace en combat de percussion. La majorité des praticiens du taichi chuan ne sont pas intéressés par l’aspect martial et se contentent de s’exercer à la forme d’enchaînement pour une pratique énergétique et de bien-être. C’est un aspect, certes, positif en tant que pratique corporelle d’origine martiale.

Pour pouvoir pratiquer longtemps un art martial et progresser continuellement, il faut que la méthode permette une efficacité sur deux plans : celui du maintien et du renforcement de la santé et celui du combat. La méthode du taichi chuan comporte cette efficacité sur les deux plans.

Dans cet ouvrage je chercherai à mettre en évidence le second versant, peu connu, du taichi chuan afin de réfléchir sur la méthode d’un entraînement riche. L’intérêt de cette recherche est double. Ceux qui cherchent la qualité martiale du taichi chuan trouveront un intérêt croissant dans la pratique, car le taichi chuan offre la possibilité de surmonter des problèmes qui résultent de l’exercice excessif ou déséquilibré de l’entraînement en l’art martial.

Ceux qui sont peu intéressés dans l’aspect martial du taichi chuan et qui ont pour objectif la recherche du bien-être et de la santé trouveront un appui concret pour leur exercice de la forme de l’enchaînement. L’ambiguïté de l’enchaînement – posture, gestes, etc. – constitue une des difficultés de l’apprentissage du taichi chuan. Pour apprendre le taichi chuan, un grand nombre de personnes ont l’impression de bouger sans avoir de référence solide. Il est difficile de mémoriser des gestes sans s’appuyer sur des références concrètes. En prenant connaissance du sens originel d’un geste, celui du combat, nous pouvons acquérir des repères précis et concrets, ce qui nous permettra d’exécuter un mouvement avec plus de précision.

Un des problèmes de l’enseignement du taichi chuan vient de ce que les détails de forme d’enchaînement varient selon les professeurs. Rigoureusement parlant, s’il y a cent maîtres de taichi chuan, il y a cent modes qui différent dans les détails. La raison principale en est qu’ils effectuent des mouvements sans se référer à une situation concrète du combat. Les gestes tendent alors à devenir abstraits et deviennent difficiles à mémoriser et à transmettre avec précision. En effet un grand nombre de gestes semblent s’évaporer dans un espace ambigu, ce qui est dommage puisque chaque geste a son objectif énergétique et technique.

Par exemple, si vous savez que tel geste signifie une technique de dégagement du poignet, la direction de votre mouvement se déterminera d’abord par rapport à l’adversaire, puis les mouvements de vos poignets seront faits de sorte que vous puissiez vous dégager correctement. Vous ne pouvez pas faire n’importe quel mouvement. Ainsi ce mouvement sera plus facilement retenu et deviendra concrètement communicable.

D’où vient le taichi chuan ?

Le taichi chuan est devenu célèbre dans la société chinoise à partir du milieu du 19e siècle; c’est à Pékin que Yang Luchan (1799-1872) a présenté son art et a acquis sa renommée.

Si l’art martial de Yang Luchan est devenu célèbre, c’est, certes, parce que sa philosophie pratique a plu à des personnes de la haute société de Pékin ; mais avant tout Yang Luchan avait montré ses grandes capacités en art martial contre différents adeptes de cette époque. Autrement, il n’est pas concevable qu’un adepte qui n’avait pas une éducation très raffinée et qui arrivait de province ait pu gagner un si grand prestige dans la capitale où existait une forte rivalité entre un grand nombre d’adeptes d’arts martiaux de différentes écoles.
Yang Luchan a  étudié son art martial à Chenjia Gou, village de la province du Henan, sous la direction de Chen Changxing (1771-1853). De ce fait, l’origine du taichi chuan contemporain remonte à l’art de Yang Luchan qui étudia à Chenjia Gou auprès de Chen Changxing. Ceci est un fait historique.

Cependant, il existe plusieurs théories ou interprétations sur la naissance du taichi chuan : qui l’a fondé, qui l’a commencé, comment a-t-il été transmis, etc. ? Il y a deux interprétations historiques fondamentales selon que son origine est située à l’extérieur ou à l’intérieur du village de Chenjia Gou.
1) Dans la première interprétation, on pense que le taichi chuan a été inventé par Zhang Sanfeng, ermite taoïste qui habitait dans la montagne du Wudang au 14e siècle. Son art a été pratiqué et transmis durant plusieurs siècles et est parvenu à la fin du 18e siècle jusqu’à Wang Zongyué, l’auteur du “taichi chuan jing” (canon du taichi chuan). Il a transmis le taichi chuan au village de Chenjia Gou où Chen Changxing l’a appris et l’a transmis à Yang Luchan.

Cette interprétation a été diffusée au début du 20è siècle, principalement par le courant de l’école Yang de taichi chuan : Yangshi taichi chuan.  C’est en référence à Zhang Sanfeng que le taichi chuan est parfois qualifiée d’école interne (neijia) ou de courant de Wudang. L’expression neijia existait déjà à l’époque Ming (1368-1662), mais la tendance à qualifier le taichi chuan d’école interne est apparue au 20è siècle.
Dans ce courant d’interprétation, il y aussi des personnes qui considèrent que Zhang Sanfeng est un personnage fictif et qu’on ne connaît pas le créateur du taichi chuan, mais que c’est Wang Zongyué qui a transmis le taichi chuan au village de Chenjia Gou.

Selon la seconde interprétation, la fondation du taichi chuan remonte à Chen Wangting (1600-1680) de la 9è génération du clan Chen. Ce fut un grand guerrier qui a élaboré la forme de base du taichi chuan dans le village de Chen où les apports des autres arts martiaux sont introduits au cours du temps et que la forme originelle du taichi chuan a été réalisée. Celle-ci a été transmise à Yang Luchan par Chen Changxing.
Cette interprétation, critique de la première, a été présentée dans les années 1930 par Tang Hao, historien des arts martiaux chinois. Tang Hao pense que Wang Zongyué n’a pas apporté le taichi chuan à Chenjia Gou, mais qu’il l’y a appris et qu’il a écrit  “taichi chuan jing”.

Kyôji Kasao, chercheur japonais des arts martiaux chinois, présente depuis quelques années une autre interprétation en relation avec la découverte d’éléments ignorés de ses prédécesseurs. Après avoir minutieusement examiné l’origine du terme taichi chuan, il affirme qu’aucune de ces deux interprétations n’est fondée. S’appuyant sur des découvertes documentaires récentes, le fondement de l’interprétation de K. Kasao me paraît le plus crédible. Je vais présenter ci-dessous son raisonnement en m’appuyant sur son ouvrage Chûgoku Bujutsu-shi Taikan (Vision globale sur les arts martiaux chinois), Ed. Fukushôdô, Tokyo, 1994.

1°) Il n’existait aucun art de combat qui s’appelait taichi chuan avant que Yang Luchan ait répandu son art martial à Pékin ; un art martial appelé « taichi chuan » commence à exister seulement avec l’enseignement de Yang Luchan vers 1870-80.

Yang Luchan (1799 -1872)
Yang Luchan (1799 -1872)

L’art martial transmis par ce dernier est certes basé sur ce qu’il a étudié sous la direction de Chen Changxing à Chenjia Gou, mais il en diffère aussi bien pour ce qui concerne le mode d’exécution technique que pour la philosophie de l’art martial. En effet l’art martial traditionnel de Chenjia Gou était constitué de techniques et de mouvements rapides et puissants, tantôt piétinant avec puissance, tantôt en sautant haut en l’air. L’aspect de cet art martial est très différent de l’image actuelle du taichi chuan où l’on exécute les techniques avec lenteur et en souplesse. L’art martial originel du village de Chen que Yang Luchan a étudié était un art martial du courant du nord de la Chine, un des courants de Shaolin chuan qu’on appelait tantôt « toutào shi » tantôt « shisan shi ».

Le terme taichi chuan est une appellation nouvelle pour qualifier l’art martial qu’a commencé à enseigner Yang Luchan.

Tai-Chi-Chuan Tokitsu Vico Corse 2014
Tai-Chi-Chuan Tokitsu Vico Corse 2014

2°) Wang Songyué est considéré comme l’auteur du “taichi chuan jing”, texte fondamental du taichi chuan. Mais ce texte était originellement une partie du texte intitulé «Yinfu qiangpu », le texte sur la pensée fondamentale de l’art stratégique de la lanceYinfu. Dans ce texte, on trouve les deux idéogrammes tai-chii mais le terme taichi chuan n’y existait pas. Dans « Yinfu qiangpu » Wang Songyué développe la pensée stratégique par la concordance avec le principe universel et  explique sa conception des arts martiaux avec une philosophie du taichi.

  1. Kasao pense que Wu Yuxiang, un des premiers élèves de Yang Luchan, trouva que ce texte exprimait parfaitement la subtilité de l’art martial qu’enseignait son maître. Il sélectionna la partie la plus importante de ce texte en y rajoutant le terme taichi chuan et le nomma “taichi chuan jing”, et rendit hommage à Wang Zongyué. C’est ainsi qu’apparaît une fausse interprétation selon laquelle Wang Zongyué a fondé le  taichi chuan et qu’il l’a transmis au village de Chenjia Gou.

Yang Luchan a élaboré et développé de manière personnelle l’art martial qu’il avait appris à Chenja Gou. Son idée technique s’est appuyée sur la philosophie de Wang Zongyué. C’est pourquoi, selon K. Kasao, l’idée et la pratique du taichi chuan à part entière sont nées vers 1870 avec l’art de Yang Luchan.

Le taichi chuan de Yang Luchan gagne une grande notoriété dans la haute société de Pékin à partir de la fin du 19e siècle. D’une certaine manière, le taichi chuan est devenu si célèbre que l’art martial de Chenjia Gou prend lui aussi le nom de taichi chuan à partir du début 20e siècle et affirme que c’est lui qui est à l’origine du taichi chuan. C’est de là aussi qu’est née une autre cause de confusion.

En effet l’art martial de Chenjia Gou avait, jusqu’au début 20e siècle, un aspect un peu différent du taichi chuan de style Chen actuel. En quelque sorte, en adoptant le nom « taichi chuan », il a adopté aussi sa philosophie et l’idée de pratique souple qui permet de bien faire circuler le qi. En introduisant ces idées pratiques caractéristique du Yangshi taichi chuan dans l’art martial dynamique et rapide, il a peu à peu transformé sa manière de « faire » pour se constituer en Chenshi  taichi chuan. Plus concrètement, bien que les séquences gestuelles des « tao lu » soient peu changées, la manière d’exécuter s’est transformée en y introduisant des mouvements souples et lents qui visent la circulation du qi (yùnqi).

Réflexion pratique

Pour ceux qui cherchent à progresser dans les arts martiaux, la méthode est comme une nourriture. Il leur en faut une bien nourrissante et équilibrée pour pouvoir progresser et bien évoluer, car la vie n’est jamais figée, il y a des hauts et des bas que nous devons traverser. Il ne s’agit pas d’être bien et fort à un moment de la vie, mais de poursuivre un chemin ascendant en évoluant positivement avec le temps de la vie. La méthode du taichi en est une pour moi. Dans cette optique j’examine le taichi sous trois angles : la santé par la pratique du qi gong, le bien-être avec le taichi et pour l’efficacité en art martial avec la pratique du combat. Il m’est absolument égal que mon taichi soit conforme ou non au style « officiel », car je ne le pratique pas comme un code à respecter. Je pratique une méthode qui me fait progresser, c’est-à-dire qui me donne des résultas positifs sur ces trois aspects.

J’ai soulevé précédemment quelques questions qui m’ont parus fondamentales pour comprendre le taichi en tant que méthode : elles se résument à une interrogation : comment peut-on cultiver et développer des capacités en vitesse et en force en s’exerçant lentement et souplement ? Ce sont des aspects de l’efficacité qui sont directement observables dans un temps relativement court, tandis que le « bien être » a un aspect subjectif et la santé s’inscrit dans le temps de la vie qui est long.
En tout cas, je pense que nous ne pouvons pas développer des capacités en vitesse et en force en vieillissant sans avoir une bonne santé – et le taichi, ayant une logique pratique, permet de développer et de renforcer la santé bien plus que la gymnastique. En s’exerçant tout simplement en souplesse et lentement, il est de toute façon impossible de cultiver des facultés développant vitesse et force. Il y a des façons particulières de bouger lentement et souplement. Quelles sont ces subtilités ?

Je pense qu’une des clefs s’exprime par le concept chinois de « zheng li » que je traduirai par : « tensions simultanément opposées et complémentaires ». Dans les pratiques corporelles, l’expression verbale est souvent complexe, tandis que le geste est simple. Mais la verbalisation est importante afin de saisir la situation, la rendant opérationnelle et transmissible par la suite.

Voici un exemple simple de « zheng li ». Vous levez les mains comme si vous embrassez un tronc d’arbre. Relaxez-vous bien dans cette posture, et créez une sensation particulière : vous voulez approcher les mains, alors qu’elles se repoussent comme si elles étaient devenus les pôles positifs de deux aimants ; sitôt que vous voulez les éloigner, elles s’attirent comme si elles étaient devenus les pôles positif et négatif de deux aimants. En art martial chinois, on appelle « zheng li » ce type de sensation d’obstruction et d’attirance qui accompagne nos gestes et qui sont perçus lorsqu’on est bien détendu et qu’on fait lentement le mouvement.

Si vous êtes disposé à observer les finesses et les subtilités de vos gestes lorsque vous faites un mouvement lent et souple, vous percevrez qu’au tout début du mouvement vous traversez une zone dont l’intensité est plutôt floue. Le geste devient consistant au-delà de ce contour. Il s’agit en quelque sorte d’un contour difficilement percevable, d’un mouvement sans lequel, cependant, aucun geste ne peut se concrétiser : bien qu’il apparaisse infime nous ne pourrions pas former un geste sans traverser cette zone. Faute de connaissance scientifique, je ne peux m’exprimer que de façon personnelle et empirique. En tout cas, n’avez-vous pas eu l’expérience de ne pouvoir faire un geste sans avoir la sensation d’y être empêché par la force ? Je pense que la technique subtile du jûjutsu et celle du taichi s’appuie sur cette zone afin de placer l’adversaire dans une situation où il a du mal à faire un geste. On est alors immobilisé ou projeté sans avoir l’impression de recevoir une force ou un impact important. Ce que je dis est difficile à concevoir pour ceux qui n’ont pas eu cette expérience.

Si l’exercice de musculation avec des poids fait travailler en force une zone précise, la pratique du taichi me semble combler des zones floues qui sont indissociables des mouvements du corps et essentielles pour réaliser un geste technique. L’exercice du zhuang zhang (ritsu-zen) où vous prenez, par exemple, la position d’embrasser un arbre, vise également, selon moi, à combler cette zone floue inhérente du geste. Faisons une expérience. En exercice du  zhuang zhang (ritsu-zen), vous fermez des yeux et faites d’une manière imperceptible le geste de placer le poids en avant, puis en arrière, du corps ; vous pouvez sentir les mouvements comme s’ils étaient amplifiés, comme s’ils étaient vus à travers un microscope. Ce type de sensation d’agrandissement de l’envergure gestuelle est bien connu dans l’exercice du qi gong où on dit : « Alors que le corps bouge à peine, tu as la sensation d’être devenu un arbre qui ploie sous l’effet d’un vent violent. »

2014 RitsuZen Tokitsu
2014 RitsuZen Tokitsu

Selon moi, la méthode du taichi cherche à combler cette partie essentielle du geste afin d’obtenir une consistance dans les gestes techniques. Dans le combat de kendô, on apprend à frapper au moment du vide qui apparaît à l’instant où l’adversaire veut lancer son attaque qu’on appelle « debana », l’instant vulnérable. Comment effacer cet instant de vide est une préoccupation technique de tous les adeptes. « La frappe d’une seule cadence » ou « frappe de non pensée » qu’explique Miyamoto Musashi dans son art du sabre est impossible à réaliser sans combler cette zone floue qui apparaisse préalablement au geste.
La recherche de cette zone subtile du geste nous conduit à une introspection de notre corps. Nous comprenons naturellement que pour ressentir intimement notre corps, il faut nous situer dans un état mental particulier qui s’apparente à une sorte de méditation. L’exercice du qi gong en est exemple.
On reçoit en taichi l’enseignement : « bouge comme si tu étais dans l’eau » ; vous faites des gestes comme si vous subissiez la résistance de l’eau partout autour du corps. La lenteur du geste nous permet de nous plonger dans la sensation subtile qui forme nos gestes. Ce travail nous permet peu à peu d’augmenter la consistance technique. Cette sensation risque de disparaître sitôt que vous faites un mouvement rapide, ou sitôt que vous contractez les muscles, car la rapidité du geste et la tension musculaire nous empêchent de prendre un recul nécessaire pour observer et ressentir la qualité du « zheng li ». C’est une des raisons pour lesquelles on s’exerce lentement en taichi.

Passons maintenant à la réflexion historique…..

Tai-chi-chuan : Origines et Puissance d’un Art Martial

Éthique et sports de combat – Colloque International – Université Toulouse

Le 11ème Colloque International JORRESCAM a eu lieu le 16 Mars 2012 à l’Université Toulouse 1 Capitol dont le thème général était :  Éthique et sports de combat.

 

A cette occasion, j’ai fait une conférence qui pourrait intéresser mes élèves.

 

Je mets donc le contenu de cette conférence à leur disposition dans ma chronique de ce mois-ci.

 

L’éthique dans les jeux sportifs ou dans les arts martiaux ?

 

Je pense que nous devons aborder le concept de l’éthique dans les sports de combat et dans les arts martiaux sur deux angles différents: le rituel et la conscience en relation avec le niveau de la pratique de la personne.

 

Si la pratique de l’éthique comporte un aspect rituel uniforme, la conscience de l’éthique est variable selon le degré de progression de la personne. Un débutant apprendra l’éthique sous forme de rituel ou d’une règle associés à la discipline. Au cours de sa progression, sa conscience de l’éthique va naturellement dépasser du cadre formel du rituel et de la règle. Pour un expert, cette éthique devrait pouvoir se confondre avec sa manière de vivre. C’est à ce stade seulement que nous pourrons parler de la philosophie en arts martiaux.

 

En ce sens, il me semble que nous serions en porte à faux si nous parlions de l’éthique en art martial comme s’il s’agissait essentiellement d’une règle uniforme, puisque l’éthique comporte déjà un changement qualitatif selon le niveau de la personne.

 

Si le cadre de l’éthique reste le même, la conscience de l’éthique d’une personne changera suivant la vision qu’elle aura de la pratique par rapport à son propre degré de progression. Cela peut être comparable à l’ascension d’une montagne par un alpiniste.

 

Je m’explique.

 

Si vous faites l’ascension du Mont Blanc, votre vision va changer par rapport à l’altitude. La vision que vous aviez du sommet lorsque vous étiez au pied du Mont Blanc, n’a plus rien à voir avec celle que vous embrassez une fois que vous êtes arrivé au sommet. Vous êtes bien la même personne, mais cependant, vous embrassez maintenant une vision totalement différente de celle que vous aviez lorsque vous vous trouviez en bas.

 

 

S’il n’y a pas d’ascension, il n’y a pas d’alpinisme. De même, s’il n’y a pas d’avancement, il n’y a pas de sens de parler de la pratique d’un art martial qui emploie le suffixe dô, la voie. Le concept de changement dans la pratique y est clairement exprimé. En avançant dans la voie, votre vision changera. Si elle ne change pas, cela signifie qu’il n’y a pas d’avancement dans la voie, mais seulement la pratique d’un système.

 

Chaque discipline a sa particularité bien qu’elle vise une direction similaire. Rigoureusement parlant, l’éthique sous sa forme rituelle est propre à chaque discipline et s’applique à l’ensemble des praticiens. En effet, la particularité existe dans chaque discipline, telle que le kendô, le karaté-dô, l’iaï-dô, l’aïki-dô, le jûdô, le sumô(dô)… Elle constitue à la fois la manière de se préparer à l’affrontement du combat, et à la fois la manière de s’exercer à la technique et celle de respecter son adversaire.

 

Si les cadres rituels de l’éthique s’imposent d’une manière quasi uniforme pour tous ceux qui s’adonnent à une discipline, l’éthique en arts martiaux comporte un autre aspect qui doit se constituer et se consolider avec l’évolution de la personne au cours de sa progression technique. Car la progression technique implique l’évolution de la personne d’une manière ascendante, si nous nous inspirons et nous exerçons un tant soit peu selon le concept de dô, la voie. Car la voie est celle sur laquelle on marche et avance ; elle implique l’évolution. La vision dans la voie ne doit pas être la même entre celle d’un débutant et celle d’un expert, même si le cadre de l’éthique reste le même.

 

Je pense que cet aspect évolutif de l’éthique est très souvent omis dans le concept de l’éthique en arts martiaux.

 

J’aimerais que nous y réfléchissions à partir de quelques exemples sur l’aspect pratique des sports de combat et des arts martiaux.

 

Pour être précis, je me baserai sur les disciplines de l’origine des arts martiaux Japonais. Je ne citerai ni les noms des personnes, ni l’année des évènements qui m’ont inspiré cette réflexion.

 

 

Voici le premier exemple

 

Lors de la finale d’un combat de jûdô à l’occasion des Jeux Olympiques, le combattant Japonais avait été blessé à sa cheville. Malgré son handicap, il a combattu courageusement en traînant sa jambe et il a fini par remporter la victoire. C’était un spectacle émouvant. Tout le monde l’a félicité pour son courage et pour ses qualités de combattant. Son adversaire s’est effacé de la scène. Bien évidemment, ce dernier ne fait pas l’objet de félicitations. Car il a perdu contre un adversaire blessé. Autant le vainqueur Japonais va se placer sous la lumière, autant son adversaire va s’effacer dans l’ombre. Nous pouvons en comprendre la raison qui est très simple et claire.

 

Cependant, si nous examinons cette situation de combat sous un angle différent, le perdant aurait pu combattre le vainqueur en utilisant des techniques de balayage ou de fauchage qui sont autorisées dans le cadre des techniques de jeux sportifs dirigés par des règles. Mais, ce faisant, il aurait certainement abîmé davantage la jambe déjà blessée de son adversaire. Pourtant, il aurait ainsi pu mener le combat à son avantage et très probablement aurait été le vainqueur. Mais il ne l’a pas fait et il a perdu.

 

Si le Japonais avait un handicap à cause de sa blessure, son adversaire a eu lui aussi un handicap en subissant volontairement une contrainte morale importante, car son adversaire étant blessé, et par crainte de le blesser davantage, il a préféré ne pas profiter d’une technique qui lui aurait pourtant permis de gagner. D’une certaine façon, nous pouvons dire qu’il a accepté d’assumer cet handicap moral. Car un combattant qualifié doit spontanément trouver le point de faiblesse de son adversaire. S’il suit la logique du combat, il devrait pouvoir en profiter pour augmenter son avantage, ce qui va à l’encontre de son éthique. En s’interdisant le droit d’en bénéficier, il a assumé volontairement un handicap qui l’a conduit à la défaite. Personnellement, je pense que c’est ce combattant qui méritait les éloges.

 

 

Une question se pose : quelle doit être la place de l’éthique dans les règles sportives ?

 

 

Voici le second exemple.

 

Je me suis initié au kendô dès l’âge de 10 ans au Japon et j’ai arrêté de pratiquer au bout d’un an. J’ai repris l’entraînement du kendô il y a une vingtaine d’années en France. Mon professeur était Français. A l’époque, je résidais à Paris et mon professeur se déplaçait jusqu’à mon dôjô personnel pour s’entraîner avec moi. Après chaque entraînement, nous discutions beaucoup sur le kendô. Ce fut à chaque fois un moment privilégié de leçons de kendô pour moi.

 

Voici ce qui m’a touché le plus dans son enseignement.

 

Un jour, après l’entraînement, tout en buvant le thé, il me dit:

 

« J’ai vu à Coubertin le combat le plus magnifique de ma vie. Un combattant Japonais a pris la garde haute (jôdan) et il pousse son adversaire avec son ki, ce qui oblige ce dernier à reculer. Il avance doucement, l’adversaire recule doucement, jusqu’à ce que ce dernier soit obligé de sortir du tapis de combat. L’adversaire reçoit un avertissement « chûi ». Le combat reprend. La même situation se reproduit à trois reprises. De ce fait, l’adversaire a perdu le combat par disqualification. De cette façon, le combattant Japonais a emporté la victoire sans porter un seul coup. Ce fut le combat le plus magnifique que j’aie jamais vu jusqu’à présent…. »

 

J’ai été très heureux d’entendre cette anecdote de mon professeur, surtout de la part d’un Français.

 

L’exemple suivant permettra de mieux comprendre cette situation.

 

A cette époque, j’ai continué à m’exercer au kendô tout en pratiquant le karaté. J’ai lu beaucoup de livres et d’articles sur le kendô. J’ai lu entre autres l’article suivant.

 

 

Voici le troisième exemple.

 

Deux kendôka de 7ème dan, A et B, combattent. Le combattant A repousse son adversaire B avec son kizémé (offensive du ki). Avec l’énergie ou la volonté offensive de A, le combattent B est obligé de reculer jusqu’au mur du dôjô et il ne pouvait donc plus reculer. Dans l’exemple précédent, le combattant B s’était senti obligé de sortir de la limite. Dans le cas que nous étudions actuellement, le combattant B ne peut plus reculer. Il est immobilisé durant un instant pendant lequel le combattant A lui porte un coup magnifique sur la tête (men) et emporte la victoire.

 

 

C’est une victoire parfaite.

 

Après le combat, le Maître de ces deux kendôka dit au combattant A :

 

« Au moment même où tu as repoussé ton adversaire jusqu’au mur, tu avais déjà gagné le combat. Malgré cette situation évidente, tu lui as quand même porté un coup. Cette frappe était inutile, et elle relève d’un acte de cruauté. Ce n’est pas ce que l’on recherche en kendô… »

 

 

 

 

Quelles leçons pouvons-nous tirer de ces trois exemples?

 

En ce qui concerne l’éthique dans la pratique, les exemples que nous venons de voir montrent que nous ne pouvons pas parler de l’éthique sans tenir compte de la conscience relative du niveau de pratique de la personne. L’éthique en arts martiaux n’est pas comparable au code de la route que tout le monde doit respecter de la même manière. L’éthique en art martial implique un niveau d’avancement du pratiquant dans la discipline. En quelque sorte, la conscience de l’éthique va de pair avec le niveau de pratique de la personne.

 

Il n’y a pas de sens de demander à un débutant, d’abord de comprendre puis d’aller dans le même sens que ce que nous avons vu dans le troisième exemple.

Il s’agit d’un aspect difficile à systématiser sous forme de règles. Ce qui constitue une certaine difficulté de pratiquer à la manière Occidentale qui semble avoir une certaine tendance à vouloir tout systématiser sous forme de règles.

Par exemple, dans le premier cas, celui qui a subi la défaite aurait pu être le vainqueur en combattant à fond suivant les règles établies sans se préoccuper de l’état de santé de son adversaire. Il a perdu parce qu’il était suffisamment avancé au point qu’il a pu se rendre compte de l’état de sa blessure, et sa conscience l’a empêché d’employer des attitudes techniques qui lui auraient permis de gagner mais qui vont à l’encontre de son éthique.

Dans le second cas, le vainqueur n’avait pas besoin de porter le coup pour gagner, puisque son adversaire avait été repoussé au delà de la limite du combat. Ceux qui étaient suffisamment avancés dans la pratique ont pu apprécier la qualité de ce combat et pouvaient dire : « c’était un combat magnifique ! »

Mais je me demande comment auraient réagi des spectateurs si ce type de combat avait pu avoir lieu dans un endroit où l’on vient essentiellement pour voir du spectacle !!! Il serait fort probable qu’on entende des sifflements parce qu’il n’y aurait eu aucun coup porté.

Le troisième exemple rend plus explicite la situation et la qualité du combat grâce aux paroles du Maître qui explique pourquoi il ne fallait pas frapper. Lorsqu’il dit « cette frappe était inutile et elle relève d’un acte de cruauté. », cette parole exprime non seulement la qualité du combat à rechercher, mais l’éthique sous-jacente du kendô. Mais cette éthique est loin d’être évidente pour un débutant qui doit persévérer pour apprendre à frapper avec toute son énergie.

Je pense que ces trois exemples peuvent nous faire réfléchir sur ce qu’on entend par « éthique » en art martial Japonais. L’éthique en art martial mais aussi en sport de combat ne peut pas être comparée au Code de la Route, car une discipline de combat ne comporte pas seulement des racines culturelles; la conscience de l’éthique doit aussi évoluer avec le niveau du praticien comme nous le démontrent ces derniers exemples sur le kendô.

 Reflexion sur les cadres culturels de l’éthique.

Car si l’éthique doit se retrouver dans la qualité pratique du sport de combat et des arts martiaux, elle s’exprime également dans le cadre gestuel, tel que les modèles du salut.

Sur ce point, il existe un grand malentendu en ce qui concerne les arts martiaux d’origine Japonaise.

Habituellement, dans les clubs sérieux, avant l’entraînement, sur l’ordre du plus ancien élève qui prononce « seiza », on s’aligne tous face au professeur et face au mur où est souvent affichée la photo du fondateur d’une école de karaté, de jûdô, ou d’aïki-dô. Tout le monde le salue sur l’ordre de « Shômen ni reï ».

Puis, le professeur se met face aux élèves et sur l’ordre de « Senseï ni rei » professeur et élèves se saluent mutuellement.

Puis, parfois, sur l’ordre de « Otagaï ni reï », l’ensemble des élèves se saluent mutuellement.

Ce rituel est considéré « traditionnel », donc les praticiens sérieux l’appliquent comme étant la base de leur éthique en arts martiaux. En quelque sorte, ils vivent l’authenticité traditionnelle de l’art martial Japonais.

Or, une grande partie de ce rituel considéré « traditionnel » n’est nullement traditionnel. Les arts martiaux Japonais ont continué à être transmis dans le cadre social strict des samouraï jusqu’au 19ème siècle. Donc, si nous parlons de l’aspect traditionnel de son éthique, nous ne pouvons pas ne pas nous référer à la culture et à la tradition des samouraï.

 

Cependant, les samouraï ne pratiquaient pas ce type de salut.

 

Pour abréger et en venir à l’essentiel, cette forme de salut provient du système militaire occidental et non pas de la tradition Japonaise.

 

Si les élèves s’alignent sur l’ordre de « seïza » qui est un mot Japonais, c’est parce que cet acte est une transposition de l’alignement des soldats sur l’ordre du « garde à vous ». Les samouraï ne s’alignaient pas de cette façon ni avant, ni après leur entraînement d’arts martiaux. Ils s’alignaient devant leur Seigneur, mais pas pour leur entraînement.

 

Le salut devant la photo du maître fondateur est une transposition du salut militaire devant le Drapeau National. Les samouraï ne pratiquaient pas du tout ce type de salut. Ils saluaient ensemble leur Seigneur, mais le salut à leur maître d’arts martiaux avait un caractère plus individuel.

 

Le modèle d’action collective fait partie de l’efficacité militaire, cependant que les samouraï Japonais ne l’ont appris que très tardivement. Nous pouvons dire qu’ils l’ont appris pour mettre fin à leur existence en tant que samouraï, puisque ce modèle deviendra effectif à l’époque où la classe des samouraï sera remplacée par la force militaire moderne provenant du modèle Européen. Ces modèles que vous pensez « traditionnels » ont été introduits au Japon depuis l’Europe dans les années 1860-1870 avec le système militaire.

 

Dans les années 1850, plusieurs centaines d’écoles de sabre (kenjutsu) ont été recensées au Japon et chacune des écoles avait quelques particularités dans leur rituel de pratique. Il serait donc faux de considérer que le modèle du salut que nous avons vu plus haut serait unique en son genre.

Je soulève juste une question en guise de conclusion.

Pour quelle raison devrait-on se référer à la tradition lorsqu’on pratique les arts martiaux dit traditionnels dont le contenu et la manière de pratique ont pourtant considérablement évolué ? Pourquoi ne pas réfléchir sur l’éthique à partir de la qualité et de la forme de notre pratique contemporaine qui ont en grande partie bien évolué tant en technique que dans le but recherché dans le cadre sportif ?

Le Kata : Tekki ou Naifanchi par Senseï Tokitsu

Suite au dernier stage de Paris (18/19 janvier) au cours duquel Senseï a fait allusion au kata Tekki ou Naifanchi, voici un extrait de texte écrit par Senseï

 

Le kata : Tekki ou Naifanchi

 

La majorité des karatékas contemporains connaissent le kata nommé Tekki (ou Naifanchi). On s’exerce à ce kata en position stable en se déplaçant simplement d’un pas et demi sur la droite et de la même façon sur la gauche tout en maintenant les hanches en face. Il n’y a que peu de déplacements et de mouvements techniques. Ce qui fait dire à certains:

 

« C’est un kata pour cultiver et développer la stabilité. »

 

En observant ce kata, ceux qui ne le connaissent pas, pourraient dire qu’on bouge comme un pantin.

 

En effet, si aujourd’hui les karatékas s’entraînent à ce kata, c’est pour passer l’examen de ceinture marron dans la plupart des cas. Il y a bien d’autres katas plus dynamiques, plus intéressants et plus spectaculaires dont l’exercice donne l’impression de s’entraîner pour progresser. Il arrive aussi qu’un karatéka âgé ou fatigué choisisse ce kata pour la démonstration parce que son exécution est la moins fatigante.

 

Cependant, selon la tradition du karaté du courant Shurité, le plus ancien d’Okinawa, on dit que:

 

Les techniques essentielles du karaté sont toutes contenues dans le kata Naïfanchi (Tekki).

 

Notons que la caractéristique du karaté du courant Shuri était connue pour sa vitesse technique et ses déplacements comme celle des eaux d’un torrent.

 

En comparaison des interprétations données ci-dessus, ne trouvez-vous pas qu’il existe un décalage important? Y-a-t-il une si grande différence entre le mode de pratique contemporain de ce kata et celui de la tradition du karaté classique d’Okinawa? Pourquoi dit-on que ce kata si peu mobile, si simple et carré comporte tout l’essentiel du karaté qui est particulièrement mobile et rapide?

 

En nous exerçant à ce kata de la manière officielle durant des décennies, pourrons-nous trouver l’essentiel du karaté? Pourquoi existe-t-il un décalage si important entre ce que dit la tradition et la réalité technique que vivent les karatékas contemporains? Il y a certainement une raison; Laquelle?

 

Chôki Motobu (1870-1941), Maître de karaté d’Okinawa, a laissé des traces importantes dans l’histoire du karaté moderne. Il y a de nombreuses anecdotes qui attestent ses capacités et ses qualités de combattant. Il est avéré qu’il a été expert du kata Naifanchi (Tekki).

 

Les qualités et les capacités du karaté de C. Motobu étaient bien réputées pour sa force, pour la vitesse des attaques et celle de déplacements variés conformes aux caractéristiques du karaté de Shuri qu’exprime la tradition d’Okinawa.

 

 

Pourquoi y-a-t-il une aussi grande différence?

 

Posons un coup d’oeil rapide sur la particularité de cet adepte.

 

Le nom de C.Motobu fut connu au Japon à partir du combat public qu’il a fait à Kyoto en 1921 contre un boxeur professionnel européen qu’il a mis K.O au premier round. C. Motobu était alors âgé de 51 ans. Notons qu’à cette époque, la durée de vie moyenne des japonais était de 50 ans. On disait couramment: « La vie s’arrête à 50 ans ». L’homme de 50 ans était considéré comme un vieillard. En effet, dans le récit de ce combat, C. Motobu est qualifié de « vieux campagnard ».

 

Une dizaine d’années plus tard, C.Motobu a dit à propos de ce combat: « Lors du combat contre un boxeur à Kyoto, je l’ai battu en le frappant au visage en sautant, car il était grand. Il est efficace de frapper en sautant contre un adversaire de grande taille. »

 

Il a dit aussi:

 

 » Dans le combat, je ne prends pas de position particulière… Ma position est la même en en kata qu’en combat. Je fléchis légèrement les genoux comme je le fais dans le kata Naifanchi et je bouge librement… »

 

La positionde kata naifanchi pour C. Motobu n’était donc pas celle d’un pantin, mais celle qui lui permettait de bouger librement. D’après les documents que nous pouvons lire aujourd’hui, il l’utilisait aussi pour l’attaque et la défense, techniques basées sur le kata Naifanshi.

 

Son itinéraire de vie est parsemé de combats.

 

Voici l’un des témoignages:

 

« Le Maître Motobu avait plus de 60 ans lorsque je l’ai vu combattre un champion du Japon de la boxe anglaise en poids coq ».

 

Lors de leur rencontre, le boxeur posait diverses questions auxquelles le Maître répondait. A un certain moment, le Maître a dit:  » Pour comprendre la réalité, il faut faire réellement le combat. Attaquez-moi librement de toute votre force en cherchant à me mettre K.O. je ne vous ferai pas de mal »

 

Le boxeur était hésitant au début, mais il commença à accélérer ses mouvements… En prenant sa garde, le Maître bougea avec légèreté en s’accordant au rythme du boxeur… Le boxeur finit par lancer toutes sortes d’attaques. Et, chaque fois, le Maître avançait tout près du boxeur comme s’il glissait dans l’espace et portait son coup de poing entre les sourcils du boxeur sans appuyer… La même scène se produisit à plusieurs reprises… Le boxeur finit par le saluer poliment et dit: « Je ne peux rien faire contre vous. Je suis totalement dominé. »

 

  1. Motobu a vécu d’autres expériences similaires et quelques boxeurs sot devenus son élève…

 

Où est la différence entre le kata de Motobu et celui que vous connaissez? Ce sera un des thèmes de stage à Namur (15 et 16 mars 2014).