2014-Tokitsu Vico Corse

Le corps du tai-chi

Le corps du tai-chi

Le tai-chi-chuan s’exerce avec le corps relâché. Mais tout comme pour les tensions musculaires, il y a des degrés dans le relâchement. On cherche un relâchement global et non partiel, ce qui se révèle de l’ordre technique. C’est un passage obligatoire pour apprendre ce qu’est la force du tai-chi.

Le relâchement musculaire volontaire et global revient en quelque sorte à cultiver un terrain pour y faire pousser la force du tai-chi. Elle est produite par l’activation d’une série de muscles qu’on est peu habitué à utiliser.

« Sur un terrain partiellement retourné ne poussera qu’une force partielle. » Dans cet enseignement, le « terrain partiellement retourné » correspond au relâchement partiel, c’est-à-dire, au relâchement ordinaire qui ne demande pas un entraînement particulier. Nous pouvons comprendre cet enseignement de la façon suivante :

Une force qualifiée de « totale » nécessite un terrain de « détente totale ». (Nous pourrions remplacer le terme « total » par « de degré le plus élevé ».)

Une technique d’art martial est l’expression d’une force spécifique acquise par la pratique d’une discipline ; c’est une expression du corps formée par la méthode spécifique d’une discipline. Je dirais que la force spécifique d’une discipline est une expression du corps formée suivant le principe qui la régit. Donc la force du tai-chi est produite par le corps du tai-chi.

Que veut dire corps du tai-chi ?

S’exercer au tai-chi ne signifie pas faire des séries de mouvements qu’on appelle le tai-chi-chuan. L’exercice du tai-chi revient avant tout à former le corps qui peut s’activer en suivant le principe du tai-chi. Cela revient à activer les parties yin et yang du corps de sorte qu’elles forment une complémentarité dynamique. En effet, si on ne sait pas activer le corps de cette façon, comment peut-on dire qu’on pratique le tai-chi-chuan ?

Cette mobilité doit se manifester à partir du tronc dans tous les gestes. C’est là le premier problème (et obstacle) pour beaucoup de personnes qui pensent que la pratique du tai-chi-chuan signifie s’exercer aux séquences de ce qu’on appelle le tai-chi-chuan.

Examinons cela de plus près.

Dans la plupart des cas, on se contente d’apprendre et de répéter des séquences de tai-chi-chuan. Il ne s’agit pas de bouger le corps comme le ferait Pinocchio – un jouet en bois dépourvu des repères de mobilité des parties yin et yang et dont le tronc est conçu comme un bloc rigide. Il s’agit d’apprendre à réaliser des mouvements techniques en activant des parties yin et yang du corps.

Personnellement, j’ai pris conscience de l’activation du tronc en étudiant l’art du sabre japonais classique (kenjutsu). Assistant à un exercice de tai-chi-chuan exécuté par une femme, le Maître de kenjutsu dit : « Comme ses gestes sont raides ! ». Sur le moment je ne compris pas bien ce qu’il voulait dire car ses gestes paraissaient souples, élégants et elle était tout à fait à l’aise. Le Maître m’expliqua : « Il ne faut pas regarder les mouvements des mains et des bras. Regardez son tronc. Elle ne sait pas l’activer. »

Pour lui, l’essentiel des gestes se situait au niveau de la poitrine qui restait pour cette dame effectivement sans mobilité, tandis qu’elle remuait très souplement ses mains et ses bras. « La partie essentielle demeure immobile, ses gestes manquent de mobilité, c’est pourquoi je dis qu’elle est raide. »

Depuis lors, j’ai pris l’habitude de regarder et d’apprécier les gestes techniques de cette manière.

S’exercer aux tai-chi en activant les parties yin et yang du corps de façon complémentaire doit avant tout être le point de départ de cette pratique. Les parties yin et yang du corps (devant-derrière, bas-haut) doivent fonctionner de concert et en complémentarité tout en formant des tensions complémentaires afin de produire des gestes techniques. Sinon pourquoi appeler cette pratique tai-chi-chuan ?

La pratique du tai-chi-chuan ne consiste donc pas seulement à remuer les bras, les mains et les jambes pour répéter des séquences préétablies. Pour voir et constater l’activation des parties yin et yang du corps, il convient d’examiner votre propre pratique, et aussi celle des autres pratiquants, en faisant abstraction des mouvements des membres.

Si vous n’aviez pas de bras, que bougeriez-vous ? Que reste-t-il si on fait abstraction des mouvements des mains ? Si le tronc ne bouge pas, remuer les membres à la façon du tai-chi, n’est rien de plus qu’une gymnastique rudimentaire. Je pense que pour s’exercer efficacement, il faut savoir activer les parties énergétiquement importantes, à savoir les sièges d’énergie qui correspondent aux chakras en yoga.

Le corps du tai-chi est celui qui sait activer les sièges d’énergie avec le principe du tai-chi : intégration dynamique des éléments complémentaires que sont le yin et le yang. En activant et en renforçant les zones des chakras, l’exercice est bon pour la santé et propice pour produire la force.

C’est ainsi que je conçois ma méthode de pratique. Je ne prétends nullement que c’est la meilleure mais c’est la meilleure que je connaisse.

L’ordre des exercices de ma méthode

Voici donc l’ordre des exercices que je propose.

1) Localisez d’abord les zones énergétiques du corps en les touchant dans l’ordre suivant : sous la gorge, le sternum, le plexus solaire, le nombril, le bas du ventre. Ainsi vous pouvez localiser concrètement les zones énergétiques que vous devez activer dans les exercices. Ces zones correspondent grosso modo aux chakras du yoga. Nous parvenons à activer ces zones avec le principe du tai-chi. L’activation de ces zones entraîne une augmentation énergétique, puisque le chakra est un siége d’énergie. L’activation de ces zones favorise l’augmentation de la force.

  1. Appuyez sur chaque zone et formez une mobilité du tronc. En appuyant par devant, la poitrine se creuse et vous ressentez un élargissement de la zone opposée dans le dos. La réaction de la zone avant sur la zone arrière obtenue ainsi correspond au principe du tai-chi.

Travaillez sur chacune des zones et constatez leurs mobilités.

3) Ayant appris à les activer, vous pouvez apprendre à renforcer chaque zone. (Il existe plusieurs modes de renforcement que je communiquerai par des images).

4) Les ayant renforcées, vous pouvez utiliser cette amélioration dans les techniques. (Je montrerai également quelques schémas par des images).

Ces types d’exercices reviennent, en fait, à activer les muscles profonds de la zone proche de la colonne vertébrale. En effet, l’exercice du tai-chi-chuan doit aller vers la mobilisation, puis le renforcement de ces muscles profonds.

Récapitulons.

-Nous voulons réveiller et activer les zones très riches ayant une force dynamique potentielle, car elles ne répondent pas facilement à notre volonté.

-Pour les réveiller, il faut d’abord localiser ces zones.

– Les ayant localisées, nous pouvons nous efforcer de les bouger pour bien les éveiller.

  1. En les faisant bouger, nous pouvons les sensibiliser.
  2. En les sensibilisant, nous pouvons peu à peu comprendre la façon dont nous pouvons les renforcer.
  3. Lorsque nous les avons renforcées, nous pouvons tenter de les utiliser sous forme technique.

Aussi longtemps qu’on ne sait pas déclencher la mobilité de ces zones, la force technique ne peut pas dépasser la limite ordinaire, alors que l’art martial vise à dépasser ce niveau ordinaire.